(1912) Marie « Marie »
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(1912) Marie « Marie »

Marie

              Vous y dansiez, petite fille,
              Y danserez-vous. mère-grand !
              C’est la màclotte qui sautille,
              Toutes les cloches sonneront.
              Quand donc reviendrez-vous, Marie ?
              Les masques sont silencieux
              Et la musique est si lointaine
              Qu’elle semble venir des cieux.
Oui, je veux vous aimer, mais vous aimer à peine
              Et mon mal est délicieux.
              Les brebis s’en vont dans la neige,
              Flocons de laine et cieux d’argent,
              Des soldats passent et que n’ai-je
              Un cœur à moi, ce cœur changeant,
              Changeant et puis encore que sais-je !
              Sais-je où s’en iront tes cheveux
              Crépus comme mer qui montonne ?
              Sais-je où s’en iront tes cheveux
              Et tes mains, feuilles de l’automne
              Que jonchent aussi nos aveux ?
              Je passais au bord de la Seine,
              Un livre ancien sous le bras.
              Le fleuve est pareil à ma peine,
              Il s’écoule et ne tarit pas
              Quand donc finira la semaine !
GUILLAUME APOLLINAIRE.