(1912) Le pont Mirabeau « Le Pont Mirabeau »
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(1912) Le pont Mirabeau « Le Pont Mirabeau »

Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine.
Et nos amours, faut-il qu’il m’en souvienne ?
La joie venait toujours après la peine.
               Vienne la nuit. sonne l’heure,
               Les jours s’en vont, je demeure.
Les mains dans les mains, restons face à face
Tandis que sous le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse.
               Vienne la nuit, sonne l’heure,
               Les jours s’en vont, je demeure.
L’amour s’en va comme cette eau courante,
L’amour s’en va ; comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente !
               Vienne la nuit, sonne l’heure,
               Les jours s’en vont, je demeure.
Passent les jours et passent les semaines,
Ni temps passé, ni les amours reviennent ;
Sous le pont Mirabeau coule la Seine.
               Vienne la nuit, sonne l’heure,
               Les jours s’en vont, je demeure.
GUILLAUME APOLLINAIRE.